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Fidel Castro Ruz

 

  

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 Allocution de Fidel Castro Ruz, Président de la République de Cuba, pour le soixantième anniversaire de son entrée à l’université dans le grand amphi de l’université de La Havane, le 17 Novembre 2005

(Révision et correction faites par son propre auteur, en respectant intégralement les idées exprimées dans son discours)

Chers étudiants et professeurs de toutes les universités cubaines ;

Chers compañeros dirigeants et autres invités qui avaient partagé avec moi tant d’années de lutte,

Voila venu le moment le plus difficile, celui où je dois dire quelques mots dans ce Grand Amphi où tant de mots ont déjà dit. Un monde d’idées me vient à l’esprit, et c’est logique. Tant de temps s’est écoulé…

            Vous avez été très aimables de rappeler ce jour très spécial, le soixantième anniversaire de ma timide entrée à cette université.

            Je regardais une photo de l’époque. La veste ; l’expression du visage, mais je ne saurais dire si elle est de quelqu’un de fâché, ou de méchant, ou de bon, ou d’indigné, parce que la photo a été prise non le premier jour, mais quelques mois après, il me semble,  que je commençais à réagir à tant de choses comme celles que je constatais. Je n’avais pas une pensée formée, tant s’en faut, c’était une pensée avide d’idées, mais aussi d’envie de connaître ; un esprit peut-être rebelle, plein d’ambitions, d’ambitions non révolutionnaires, mais en tout cas d’ambitions et d’énergie, et peut-être aussi d’envie de lutter.

            J’avais été sportif, j’avais escaladé des montagnes. On m’avait même converti, je ne sais pas pourquoi, en une espèce de scout, une sorte de lieutenant et ensuite, plus tard, de général scout. Si bien que quand j’étais lycéen, on m’avait donné des grades bien plus élevés que ceux que j’ai aujourd’hui (rires), parce qu’après je n’ai été que simple commandant. Quant à ce grade de commandant en chef, ça ne voulait dire que chef de cette petite troupe d’à peine quatre-vingt-deux hommes qui ont débarqué du Granma.

            Cette appellation est venue après le débarquement du 2 décembre 1956. Quelqu’un devait bien être chef des quatre-vingt-deux, et le « en » est venu après. De commandant chef, je suis devenu commandant en chef à l’époque où il y avait déjà d’autres commandants, qui avait été le grade le plus élevé pendant bien longtemps. Je me souvenais de tout ça. Il faut bien penser à ce qu’on était, à ce qu’on pensait, à ce qu’on éprouvait comme sentiments.

            Des circonstances spéciales de ma vie m’ont peut-être fait réagir. Très tôt, ma vie n’a pas été facile, et c’est peut-être pour ça que j’ai développé ce métier de rebelle.

            On parle de rebelles sans cause. En tout cas, il me semble me rappeler que j’étais au contraire un rebelle avec de nombreuses causes, et je remercie la vie d’avoir pu continuer d’être, tout au long de mon existence, rebelle, même aujourd’hui, et peut-être avec encore plus de raisons qu’avant, parce que j’ai plus d’idées, plus d’expérience, parce que j’ai beaucoup appris de ma propre lutte, parce que j’ai bien mieux compris cette terre où je suis né et ce monde où nous vivons, aujourd’hui mondialisé et à un moment décisif de son évolution. Je n’oserais pas dire un moment décisif de son histoire, parce que celle-ci est bien plus brève. Elle est vraiment infime par rapport à la vie d’une espèce qui, tout récemment, voilà trois ou quatre ou cinq mille ans, a commencé à faire ses premiers pas après sa longue et sa brève évolution. Je dis « longue et brève » parce que l’homme a évolué pour devenir un être pensant peut-être en quelques centaines de milliers d’années, après que la vie soit apparue sur cette planète selon les connaisseurs, si je ne me trompe pas, voilà un milliard ou un milliard et demie d’années. La vie est d’abord apparue, puis des millions d’espèces. Et nous ne sommes que ça, une de beaucoup d’espèces qui sont apparues sur cette planète. Voilà pourquoi je dis que c’est au terme d’une vie brève et à la fois longue que nous sommes arrivés à cette minute-ci, à ce millénaire-ci dont on dit qu’il est le troisième de l’ère chrétienne.

            Pourquoi est-ce que je tourne tant autour de cette idée ? Parce que j’ose affirmer que cette espèce-ci court vraiment le danger de s’éteindre, et nul ne pourrait assurer, écoutez bien, nul ne pourrait assurer qu’elle survive à ce danger.

            Que l’espèce ne survivra pas, c’est quelque chose dont on a parlé voilà deux mille ans. Je me rappelle quand j’étais à l’école avoir entendu parler de l’Apocalypse, prophétisé dans la Bible, un peu comme ci, voilà deux mille ans, certains s’étaient rendus compte que cette chétive espèce pouvait disparaître un jour.

            Les marxistes aussi, bien entendu. Je me souviens très bien d’un livre d’Engels, Dialectique de la nature, où il dit que le Soleil s’éteindrait un jour, que le combustible qui alimente le feu de cette étoile qui nous éclaire s’épuiserait et que la lumière du Soleil cesserait d’exister. Et alors je me pose une question que vous vous êtes posés vous-mêmes un jour, ou vos professeurs, ou des milliers et des centaines de milliers comme vous : notre espèce sera-t-elle capable ou non d’émigrer vers un autre système solaire ?

            Vous ne vous l’êtes jamais posé ? Eh bien, un jour ou l’autre, vous vous la poserez, parce qu’on se pose bien des questions tout au long de sa vie, surtout quand il existe une raison de se la poser. Et je crois que l’homme n’a jamais plus de raisons de se la poser. En effet, si cette homme qui était marxiste s’est posé la question de la disparition de la chaleur et de la lumière du Soleil, et a pensé comme scientifique que le système solaire cesserait un jour d’exister, nous aussi, en tant que révolutionnaires, et en faisant voler notre imagination, nous devons nous demander ce qu’il arrivera et s’il existe un petit espoir que cette espèce-ci s’échappe en direction d’un autre système solaire où la vie existe ou peut exister. Tout ce que nous savons à présent, c’est qu’il existe un
Soleil à quatre années-lumière parmi les centaines de milliards de soleils existant dans cet énorme espace dont nous ne savons encore trop bien s’il est fini ou infini.

            D’après nos maigres connaissances en physique, en mathématique, en lumière et en vitesse de la lumière, d’après ceux qui voyagent vers les planètes les plus proches où ils ne trouvent rien, et ceux qui voyageront vers Vénus – qui était à l’époque des Romains la déesse de l’Amour – et ceux qui auront le privilège d’y arriver, on se retrouvera en face de cyclones qui sont je ne sais combien de centaines de fois pires que Katrina, que Rita, ou que Michelle ou que Mitch et tous les autres qui nous frappent avec toujours plus de violence. On dit en effet que la température sur Vénus est de 400º, et qu’il y a des masses d’air ou d’atmosphère lourde en mouvement constant.

            Ceux qui sont allés sur Mars, dont on disait que c’était un petit endroit où la vie a peut-être existé – Chávez blague à ce sujet en affirmant que la vie y a peut-être existé – et a disparu cherchent une particule d’oxygène ou tout autre indice de vie. Bien des choses ont pu se passer, mais le plus probable c’est qu’aucune vie développée n’ait jamais existé sur aucune de ces planètes. L’ensemble de facteurs qui ont rendu la vie possible a joué au bout de milliards d’années sur la planète Terre. Cette vie fragile n’a pu se développer que dans des fourchettes de températures limitées, entre quelques degrés en dessous de zéro et quelques degrés au-dessus de zéro ; car personne ne survit dans une eau à une température de 60º et la mort surviendrait au bout de vingt secondes, et il suffirait de quelques dizaines de degrés en dessous de zéro, sans chaleur artificielle, pour que personne ne survive. La vie a surgi dans des marges de températures limitées.

            Si je parle de la vie, c’est parce que quand on parle d’universités, on parle de vie.

            Qui êtes-vous ? Si vous me posiez la question, je dirai que vous êtes la vie, que vous êtes des symboles de la vie.

            Nous avons évoqué ici des événements de nos vies, de notre université, de notre Alma Mater, nous avons évoqué ceux d’entre nous qui y sommes entrés voilà des dizaines d’années et ceux qui y sont aujourd’hui, qui sont maintenant en première année ou sur le point de se diplômer, ou certains qui sont déjà diplômés et qui remplissent des fonctions que d’autres, moins expérimentés, ne pourraient pas réaliser.

            J’essayais de me rappeler comment étaient ces universités-là, à quoi nous nous consacrions, de quoi nous nous inquiétons. Nous nous inquiétons de cette île, de cette petite île. On ne parlait pas encore de mondialisation, la télévision n’existait pas, l’Internet non plus, pas plus que les communications instantanées d’un bout à l’autre de la planète, c’est à peine s’il y avait le téléphone et peut-être quelques avions à hélice.

            En tout cas, à l’époque, vers 1945, nos avions de passagers arrivaient à peine à Miami et encore avec bien du mal. Même si j’entendais parler quand j’étais écolier du voyage de Barberán et Collar. À Birán, on disait : « Barberán et Collar sont passés par ici. » C’étaient deux pilotes espagnols qui avaient traversé l’Atlantique et avaient poursuivi jusqu’au Mexique. Après, on n’en a plus entendu parler. On discute encore de l’endroit où ils se sont écrasés : en mer entre Pinar del Río et le Mexique, ou au Yucatán, ou ailleurs… En tout cas, on n’a plus jamais rien su d’eux, mais ils avaient eu en tout cas l’audace de traverser l’Atlantique sur un petit avion à hélice qu’on venait juste d’inventer. C’est au début du siècle dernier que l’aviation a vu le jour.

            Une guerre terrible venait juste de se terminer qui a coûté environ cinquante millions de morts. Je parle de 1945, l’année où je suis entré à l’université, le 4 septembre. Oui, parce que c’est le 4 septembre que j’y suis entrée, mais vous avez pris ensuite la liberté de fêter cet anniversaire n’importe quel jour, le 4 ou le 17 ou même en novembre, comme aujourd’hui. Il y a tant de commémoraisons que vous ne pourriez pas organiser tant de cérémonies, ni moi y assister, et j’aurais énormément regretté de ne pas pouvoir assister à une cérémonie à laquelle vous m’auriez invité, comme celle-ci dans ce Grand Amphi.

            En fait, j’ai beaucoup de réunions tous les jours, je bavarde tous les jours des heures et des heures avec les gens, en particulier de jeunes, d’étudiants, ou avec les brigades médicales qui partent remplir de glorieuses missions qui presque personne d’autre n’est capable de remplir dans ce monde dont j’ai parlé. En effet, aucun autre pays ne pourrait envoyer un millier de médecins à un peuple frère d’Amérique centrale, ou encore les médecins qui sont en train de se battre contre la douleur et la mort, face à la pire tragédie naturelle jamais survenue dans un pays.

            J’ai conversé avec chacune de ces brigades, une par une, je leur ai dit adieu. Avec celles qui sont parties à l’autre bout du monde, à dix-huit heures de vol, où est survenue une des plus grandes tragédies humaines que notre monde a connues depuis bien longtemps, je ne me souviens d’aucune autre de ce genre, à cause de l’endroit où elle a eu lieu, des gens modestes qu’elle a frappés, des bergers vivant sur des montagnes très élevés, à la veille d’un hiver qui s’annonce très rigoureux, à un endroit de très grand misère, face à l’insensibilité du monde.

            Oui, d’un monde insensible capable de dépenser un billion de dollars tous les ans en publicité pour se payer la tête de l’immense majorité de l’humanité – qui paie en plus les mensonges qu’on lui raconte ! – transformant les gens en des gens auxquels on enlève la capacité de penser, parce qu’on leur fait consommer du savon, par exemple, qui est le même savon sous dix marques différentes. Et il faut bien tromper les gens, n’est-ce pas, pour qu’ils puissent payer ce billion de dollars… Ce ne sont pas les compagnies, en effet, qui le paient, ce sont les gens qui le paient en achetant les produits vantés par la pub. Oui, d’un monde insensible capable de dépenser aussi un billion de dollars tous les ans – et ça fait donc deux billions – en objectifs de caractère militaire. Oui, d’un monde insensible qui tire des masses appauvries, de l’immense majorité de la population de la planète plusieurs billions de dollars par an, et qui reste indifférent quand on lui dit qu’il y a un endroit où environ cent mille personnes sont mortes, dont peut-être de vingt-cinq à trente mille enfants, où plus de cent mille personnes sont blessées, la grande majorité atteinte de fractures des os des membres supérieurs et inférieurs, dont on a dû opérer au maximum environ 10 p. 100, où des enfants sont mutilés, et des jeunes, des femmes, des femmes, des personnes âgées…

            Non, ce monde qui nous entoure n’est pas un monde plein de bonté, mais un monde plein d’égoïsme ; ce n’est pas un monde plein de justice, mais un monde plein d’exploitation, d’abus, de pillage, où des millions d’enfants meurent tous les ans alors qu’ils pourraient se sauver, tout simplement parce qu’il leur manque quelques centimes de médicaments, un peu de vitamines et de sels minéraux, et quelques dollars d’aliments, juste assez pour pouvoir survivre. L’injustice en tue chaque année presque autant que la guerre colossale dont je viens de parler a fait de victimes.

            Quel monde que le nôtre ! Quel monde que le nôtre où un empire barbare proclame son droit d’attaquer par surprise et à titre préventif une soixantaine de pays du monde ou plus, qui est capable de porter la mort à n’importe quel coin du monde en recourant aux armes et aux techniques de mort les plus perfectionnées ! Un monde où règne la loi de la brutalité et de la force, où il existe des centaines de bases militaires un peu partout, dont une sur notre terre à nous, quand l’empire y est intervenu alors que le pouvoir colonial espagnol ne pouvait plus résister et que des centaines de milliers des meilleurs fils de ce peuple, qui ne comptait alors qu’un million d’habitants, avaient déjà péri dans une longue guerre d’une trentaine d’années ; et cet  empire nous a imposé ensuite en traître l’amendement Platt, un amendement répugnant en vertu d’une résolution tout aussi répugnante qui lui donnait le droit d’intervenir chez nous chaque fois que l’ordre, selon lui, n’y régnait pas. Plus d’un siècle s’est écoulé, et l’empire occupe toujours par la force cette base-là.

            Qui est devenue la honte et l’épouvante du monde ! Parce qu’elle est devenue un antre de tortures, où sont enfermées des centaines de personnes, séquestrées un peu partout dans le monde. L’empire ne les amène pas chez lui, parce qu’il peut exister des lois qui lui causerait des difficultés pour maintenir séquestrés de force, dans la plus totale illégalité, des années durant, sans la moindre démarche, sans le moindre droit, sans la moindre procédure, ces hommes qui, au grand étonnement de la planète, ont été soumis de plus à des tortures sadiques et brutales. Et le monde l’a appris quand on a découvert en Irak une prison où l’on torturait des centaines de prisonniers du pays envahi par l’empire de tout son pouvoir colossal et où des centaines de milliers des civils irakiens ont perdu la vie.

            On découvre tous les jours des choses nouvelles. On a appris tout récemment que l’administration étasunienne disposait de prisons secrètes dans les pays satellites d’Europe de l’Est, dont les gouvernements votent à Genève contre Cuba et l’accusent de violations des droits de l’homme. Or, notre pays n’a jamais connu un seul centre de torture en quarante-six ans de Révolution ; notre Révolution n’a jamais violé cette tradition sans précédent dans l’histoire : jamais personne n’a été torturé – que je sache. Nous ne serions d’ailleurs pas les seuls à empêcher ce genre de choses, notre peuple le ferait aussi, parce qu’il se fait une très haute idée de la dignité humaine.

            Qui de nous, qui de vous, qui de nos compatriotes admettrait tout bonnement qu’un citoyen puisse être torturé ? Et ce, malgré les milliers d’actes de barbarie et de terrorisme commis contre notre pays, malgré les milliers de victimes causés par l’agression de cet empire qui nous impose un blocus depuis plus de quarante-cinq ans et qui tente de nous étouffer par tous les moyens… Et ces gens-là ont le front, comme le disait récemment l’un d’eux en face, après le vote écrasant de l’Assemblée générale des Nations Unies de la résolution contre le blocus, 182 voix pour, une seule abstention, dont les difficultés sont les resultats de notre échec. grand complice de ce bandit, à savoir l’Etat pro-nazi d’Israël qui soutient … Oui, il faut le dire : les dirigeants de ce pays commettent leurs crimes au nom d’un peuple qui a souffert de persécutions dans le monde pendant plus de mille cinq cents ans et qui a été victime des crimes les plus atroces lors de la deuxième guerre mondiale, au nom du peuple israélien qui n’est absolument pas coupable de ce génocide sauvage que ce gouvernement au service de l’empire commet contre le peuple palestinien, un autre Holocauste, et qui proclame même son droit d’attaquer d’autres pays par surprise et à titre préventif.

            Aujourd’hui même, l’Empire menace d’attaquer l’Iran si celui-ci produit du combustible nucléaire. Le combustible nucléaire, ce ne sont pas des armes atomiques, ce ne sont pas des bombes atomiques. Prohiber à un pays de produire le combustible de l’avenir, ça revient à vous interdire de chercher du pétrole, qui est le combustible du présent et qui s’épuisera physiquement en peu de temps. À quel pays du monde interdit-on de chercher du combustible, du charbon, du gaz, du pétrole ?

            Nous connaissons bien l’Iran, un pays de soixante-dix millions d’habitants qui se propose de se développer industriellement et qui pense tout à fait raisonnablement que c’est un grand crime de compromettre ses réserves de gaz ou de pétrole pour pouvoir produire les milliards de kilowatts-heure qu’exige son développement industriel, surtout avec l’urgence que réclame un pays du tiers monde. Et voilà que l’Empire veut le lui interdire et menace de le bombarder. Si bien qu’on discute dans l’arène internationale à quel jour ou à quelle heure ça se fera, si ce sera l’Empire qui le fera, ou s’il utilisera, comme il l’a fait en Iraq, son satellite israélien pour bombarder de manière préventive et par surprise les centres de recherche iraniens qui mettent au point la technique de production du combustible nucléaire.

            D’ici à trente ans, il n’y aura plus de pétrole, dont 80 p. 100 sont maintenant aux mains de pays du tiers monde, puisque les autres pays ont épuisé le leur, entre autres les Etats-Unis qui a eu d’immenses réserves de pétrole et de gaz dont il ne reste plus que pour quelques années, ce qui explique pourquoi ils s’efforcent de s’assurer la possession de pétrole dans n’importe quelle partie de la planète et de la façon que ce soit. En tout cas, cette source d’énergie sera épuisée d’ici vingt-cinq à trente ans, et il ne restera plus qu’une seule source fondamentale pour la production massive d’électricité, en plus de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne, etc. : l’énergie nucléaire.

            Il est encore lointain le jour où l’hydrogène, car les processus technologiques en sont encore à leurs balbutiements, pourrait devenir une source plus adéquate de combustible sans lequel l’humanité ne pourrait vivre, car elle a atteint des niveaux de développement technique déterminés. C’est déjà un problème actuel.

            Notre ministre des Relations extérieures vient de répondre à l’invitation de l’Iran, dans la mesure où Cuba sera le siège, l’an prochain, de la prochaine conférence au sommet des pays non alignés, et où cette nation-là réclame le droit de produire du combustible nucléaire comme n’importe quelle nation industrielle, sans avoir à épuiser ses réserves d’une autre matière première qui sert à produire non seulement de l’énergie, mais de nombreux autres produits, des engrais, des textiles, une foule de choses d’usage universel.

            Voilà comment va le monde ! Et on verra bien ce qu’il se passera s’ils se mettent à bombarder l’Iran pour détruire des installations qui lui permettent de produire du combustible nucléaire.

            L’Iran a signé le traité de non-prolifération nucléaire, tout comme Cuba. Nous n’avons jamais parlé de la possibilité de fabriquer des armes nucléaires, parce que nous n’en avons pas besoin. Et à supposer que nous en ayons besoin, combien cela coûterait-il de les produire, et qu’est-ce que nous ferions d’une arme nucléaire face à un ennemi qui en possède des milliers ? Ce serait entrer dans le jeu des affrontements atomiques.

            Nous possédons un autre genre d’armes nucléaires : nos idées. Oui, nous possédons bel et bien des armes nucléaires : la grandeur de la justice pour laquelle nous nous battons. Oui, nous possédons des armes nucléaires : nos armes morales qui sont invincibles. Voilà pourquoi nous n’avons jamais eu l’idée de fabriquer d’autres armes, par exemple des armes biologiques.  À quoi bon ? Des armes, oui, pour combattre la mort, pour combattre le sida, pour combattre les maladies, pour combattre le cancer. Voilà à quoi nous consacrons nos ressources, même si le bandit des grands chemins – je ne me rappelle même plus comment s’appelait cet individu, Bordon, ou Bolton, un archimenteur, un super-impudent, qui est maintenant rien moins que représentant des USA aux Nations Unies ! – avait osé inventer que le Centre de génie génétique de Cuba faisait des recherches pour mettre au point de armes biologiques.

            L’Empire nous a aussi accusé de collaborer avec l’Iran, de lui transférer des techniques dans ce but, alors que ce que nous sommes en train de bâtir entre les deux pays, c’est une usine de produits contre le cancer. Et il veut aussi l’interdire… Qu’ils aillent au diable, tous ces gens-là, ou là où ils veulent ! Comment peut-on être aussi crétins ! Comme s’ils allaient nous faire peur ! (Applaudissements.)

            Comment peut-on être aussi menteurs, aussi impudents ! Jusqu’à la CIA savait que c’était un mensonge ce qui disait alors celui qui est maintenant le représentant de l’administration étasunienne aux Nations Unies, qui avait même contraint un de ses subalternes à démissionner parce que celui-ci avait dit que c’était un mensonge, et des fonctionnaires du département d’Etat avaient aussi constaté que c’était faux, et cet individu était fou furieux, prêt à s’en prendre à tous ceux qui disaient la vérité. Voyez donc un peu qui est le représentant de Bush devant la communauté des nations, dont cent quatre-vingt-deux viennent de voter contre l’infâme blocus. Voilà le monde où ces gens-là prétendent régner en maître par la force et par leurs mensonges et par leur monopole quasi total des médias. Voyez un peu quel genre de batailles se livre aujourd’hui. Et Bush a nommé cet individu contre la volonté du Congrès, bien que le monde entier sache qu’il s’agit d’un insolent et d’un menteur répugnant.

            Le gentleman qui gouverne les Etats-Unis, on lui découvre tous les jours quelque chose de nouveau, un nouveau truc, un nouveau crime, une nouvelle scélératesse, de lui ou des membres de son administration, et ils tombent un par un comme des pommes pourris, pourrait-on dire, en faisant un peu de bruit. Il ne reste plus grand-chose sur le pommier, mais ils continuent de faire des insanités.

            Je vous parlais de prisons secrètes dans plusieurs pays où l’on envoie les prisonniers sous prétexte de la guerre contre le terrorisme. Plus seulement à Abou Ghraib, plus seulement à Guantánamo. On découvre maintenant partout dans le monde des prisons secrètes où les défenseurs des droits de l’homme torturent : ce sont les mêmes qu’on retrouve à Genève votant à la queue leu leu, comme des moutons, contre Cuba, le pays qui ne connaît pas la torture, ce qui est tout à l’honneur et à la gloire de cette génération, à l’honneur et à la gloire de cette Révolution, à l’honneur et à la gloire d’un pays qui se bat pour la justice, pour l’indépendance, pour la dignité humaine, et qui doit préserver sans tache sa pureté et sa dignité ! (Applaudissements.)

            Mais ce n’est pas tout. On a appris ce matin que l’empire avait utilisé du phosphore blanc sur Falloudjah, quand il a constaté qu’il ne parvenait pas à vaincre un peuple pratiquement désarmé, au point que les envahisseurs ne pouvaient ni partir ni rester : s’ils partaient, les combattants rebelles revenaient ; s’ils restaient, ils ne pouvaient envoyer ces troupes ailleurs où ils en avaient besoin. Plus de deux mille jeunes soldats étatsuniens sont déjà morts, et certains se demandent : jusqu’à quand continueront-ils de mourir dans une guerre injuste, justifiée, qui plus est, par de grossiers mensonges ?

            Car n’allez pas croire que l’Empire dispose de réserves de soldats abondantes, car toujours moins d’Etasuniens s’enrôlent. Il a donc dû transformer l’enrôlement en une source d’emploi, engager des chômeurs, et il tente bien souvent d’engager le plus grand nombre possible de Afro-américains dans ses guerres injustes. Mais on finit par apprendre que toujours moins de Noirs sont disposés à s’engager dans l’armée, malgré le chômage et la marginalisation dont ils sont victimes, parce qu’ils sont conscients qu’on les utilise comme de la chair à canon. Après avoir crié « sauve qui peut », le gouvernement a abandonné dans les ghettos de Louisiane des milliers de citoyens qui ont perdu la vie en se noyant ou dans les foyers de vieux ou dans les hôpitaux, au point que certains ont même été victimes d’euthanasie de la part du personnel médical qui craignait de les voir mourir noyés. Ce sont des histoires vraies sur lesquelles il faudrait méditer.

            L’Empire a besoin de Latinos, d’émigrants, et ceux-ci, pour tenter d’échapper à la faim, franchissent la frontière mexicaine. Plus de cinq cents meurent chaque année en tentant de franchir la frontière, autrement dit bien plus en douze mois que ceux qui sont morts en vingt-huit ans au fameux mur de Berlin.

            L’Empire parlait tous les jours du mur de Berlin. Mais pas un mot de celui qui se dresse entre le Mexique et les USA, où plus de cinq cents personnes meurent tous les ans en tentant de le franchir pour échapper à la pauvreté et au sous-développement. Voilà le monde où nous vivons.

            Du phosphore blanc sur Falloudjah ! En secret. Voilà l’Empire ! Quand ç’a été dénoncé, l’administration Bush a répondu que le phosphore blanc était une arme normale. Si elle était normale, pourquoi n’en a-t-elle rien dit ? Or, cette arme est interdite par les conventions internationales. Le napalm est interdit, et le phosphore blanc encore plus.

            On reçoit tous les jours des nouvelles de ce genre, et toutes ces choses-là ont à voir avec la vie, ont à voir avec ce monde-ci. Voyez un peu quelle différence énorme avec l’époque où je suis entré à l’université, plein d’idéaux, plein de rêves, plein de bonne volonté, même si celle-ci n’était pas nourrie d’une idéologie profonde et des idées que j’ai acquises au fil des ans. Voilà comment les jeunes gens entraient dans cette université qui n’était pas, soit dit en passant, l’université des humbles : c’était l’université des classes moyennes, l’université des riches, même si les jeunes étaient généralement au-dessus des idées de leur classe et si beaucoup d’entre eux étaient capables de se battre, de la même manière qu’ils se sont battus tout au long de l’histoire de Cuba.

            Les huit élèves de médecine fusillés en 1871 ont été les fondements des plus nobles sentiments et de l’esprit de rébellion de notre peuple, justement indigné par cette injustice colossale. Ou alors les Neuf dont nous commémorons la mort aujourd’hui, assassinés par les nazis à Prague, le 17 novembre 1939, pendant la seconde guerre mondiale.

            Ces élèves de médecine ont toujours fait partie de l’histoire de notre jeunesse, et ils ont toujours lutté contre les gouvernements.tyranniques et corrompus.  Mella était issu lui aussi des couches moyennes, ce qui est logique parce que ceux des classes les plus pauvres, les fils de paysans, les fils d’ouvriers ne savaient ni lire ni écrire. Comment auraient-il pu entrer à l’université, comment auraient-ils pu entrer au lycée ?

            C’est parce que j’étais fils de propriétaire foncier que j’ai pu conclure les études primaires et entrer ensuite au collège.

            Si vous n’aviez pas le bac, vous ne pouviez pas entrer à l’université. Si vous étiez fils de paysan, fils d’ouvrier, si vous viviez dans une sucrerie ou dans n’importe laquelle des nombreuses communes autres que Santiago ou Holguín ou peut-être Manzanillo et deux ou trois autres, vous ne pouviez même pas être bachelier. Même pas bachelier ! Encore moins diplômé universitaire, parce que pour ça il vous fallait venir à La Havane.

            Si j’ai pu venir à La Havane, c’est parce que mon père disposait de ressources. Une fois bachelier, c’est le hasard qui m’a amené à La Havane. Étais-je donc meilleur que n’importe lequel de ces centaines de jeunes garçons, dont presque aucun n’a pu conclure le primaire et aucun n’a passé le bac, et aucun n’est entré à l’université ?

            J’ai parlé de mon cas à moi, comme celui de bien d’autres. J’ai mentionné Mella, mais je pourrais mentionner Guiteras, je pourrais mentionner Trejo qui est mort au cours d’une des manifs contre Machado, un 30 septembre, je pourrais mentionner des noms comme ceux que vous avez signalés au début de la cérémonie.

Avant la Révolution, il y a toujours eu des étudiants nobles, prêts à se sacrifier, prêts à donner leur vie dans la lutte contre la tyrannie de Batista. Quand celle-ci s’est de nouveau implantée dans toute sa rigueur, de nombreux étudiants se sont battus et de nombreux étudiants sont morts. Je me rappelle ce jeune homme de Cárdenas, Manzanita, comme on l’appelait, toujours souriant, toujours jovial, toujours affectueux avec les autres, qui se distinguait par son courage, par sa fermeté quand il descendait le grand escalier de l’université, quand il faisait face aux canons à eau de la police, quand il se heurtait à la police.

Si vous visitez la maison de José Antonio Echevvería, vous pouvez constater que c’est une excellente maison. Ce qui veut dire que les étudiants dépassaient très souvent leur origine sociale, leur origine de classe, parce que c’est un âge où l’on a beaucoup d’espoir, beaucoup de rêves.

             De toute façon, cette université ne comptait qu’une seule faculté de médecine, un seul CHU, et beaucoup décrochaient des prix de médecine, voire de chirurgie, sans avoir jamais fait un seule opération.

Certains y parvenaient, se remuaient, nouaient des relations avec tel ou tel professeur qui les aidait, leur faisait faire quelques stages, les amenait à un hôpital. C’est ainsi que de bons médecins sont apparus. Pas un tas de bons médecins, non, n’allez pas croire. Il y en avait un tas en revanche désireux d’aller aux USA, ou alors parce qu’ils étaient au chômage. Au triomphe de la Révolution, beaucoup sont de fait partis aux USA, et il n’en est resté que la moitié ; trois mille et le quart de professeurs.

             C’est de là que notre pays a dû partir pour devenir quasiment la capitale de la médecine mondiale. Notre peuple peut compter maintenant sur au moins quinze médecins, et bien mieux distribués, pour chacun de ceux qui sont restés dans le pays au début de la Révolution. Notre pays compte – j’ai demandé le chiffre exact – vingt-cinq mille élèves de médecine – environ sept mille en première année, et non moins de sept mille entreront chaque année – et plus de soixante-dix mille médecins. Je ne parle pas des dizaines de milliers d’étudiants d’autres sciences médicales, qui doit faire un total de quatre-vingt-dix mille quand vous ajoutez le personnel infirmier, ceux qui étudient la licence de soins infirmiers et d’autres disciplines en rapport avec la médecine. Et ce dans la masse énorme d’étudiants.

Je tenais à signaler cette différence par rapport à l’année où je suis entré à l’université. Qu’est-ce qu’était notre pays alors ? Il faut se le demander et réfléchir sur ce qu’est notre pays aujourd’hui dans tous les domaines. Et je pourrais me poser la question au sujet d’un tas d’autres choses. Il n’y a pas de comparaison possible.

                 Je vous parlais de Barberán et Collar qui ont disparu à bord d’un petit avion plein de réservoir d’essence, parce que c’était la seule chose qu’ils pouvaient… Ils ont décollé, ils sont partis presque comme nous l’avons fait, nous, depuis le Mexique en 1956 : si nous partons, nous arrivons ; si nous arrivons, nous entrons ; si nous entrons, nous triomphons. Il semblerait que d’autres aient fait auparavant une action aussi audacieuse que celle-là de traverser l’Atlantique : ils ont décollé, ils sont arrivés à Cuba, ils ont décollé de nouveau, cette fois, ils sont arrivés sans vie au Mexique.

                  Je parlais d’un petit avion qui décollait, d’un petit avion qui semblait mu par la force d’une élastique… Vous n’avez jamais vu de ces petits avions que vous lancez en entortillant un élastique ? Eh bien, c’était un peu pareil : vous le lâchez, ils décollent, mais arrivent-ils ? Quand notre Révolution a triomphé sur ce continent, tout à côté de l’Empire et cernée de satellites de l’Empire, sauf quelques rares exceptions, nous entreprenions un chemin très difficile.

                  Mais c’était déjà quelques années après mon entrée à l’Université. J’y suis entrée presque fin 1945 et j’ai lancé la lutte armée à la Moncada, le 26 juillet 1953, de fait, presque huit ans après. Et la Révolution triomphe cinq ans, cinq mois et cinq jours après la Moncada, au terme d’un long trajet de prisons, d’exile, de lutte dans les montagnes. En comparaison des luttes antérieures, si dures et si difficiles, de notre peuple, ç’a été, historiquement parlant, un délai relativement bref, en deux étapes : mon entrée à l’université, ma sortie et le coup d’Etat de Batista du 10 mars 1952.

                Cette étape du début de la lutte, c’est le point dont il faut partir maintenant : nous tentions de décoller, nous ne connaissions même pas bien les lois de la gravité, nous grimpions en luttant contre l’Empire, qui était déjà le plus puissant, mais face auquel il existait un autre superpuissance, comme nous l’appelions. Et c’est en grimpant, en escaladant, que nous avons pris de la bouteille, que notre peuple s’est fortifié, ainsi que notre Révolution, pour en arriver où nous en sommes maintenant.

                Je souhaiterais avoir plus de temps pour parler. En tout cas, ce maintenant de maintenant est un maintenant sans précédent, c’est une heure très différente de toutes les autres ; elle ne ressemble en rien à celle de 1945, elle ne ressemble en rien à celle de 1950 quand j’ai conclu mes études universitaires, mais en possession cette fois-ci de toutes les idées dont j’ai parlé un jour, affirmant avec amour, avec respect, avec une grande affection, que c’est dans cette université-ci, où j’étais entré tout simplement doté d’un esprit rebelle, doté de quelques idées élémentaires de justice, que je me suis fait révolutionnaire, que je me suis fait marxiste-léniniste et que j’ai acquis les sentiments auxquels je n’ai jamais eu la tentation – et c’est un privilège – de renoncer, tant s’en faut, tout au long de ces années. Et j’ose dire que je n’y renoncerai jamais.

                Et puisque j’ai passé aux aveux, je dirais qu’en sortant de cette université, je me croyais très révolutionnaire, alors que je m’engageais tout simplement sur un autre chemin bien plus long. Mais si je me sentais révolutionnaire, si je me sentais socialiste, si j’avais acquis toutes les idées qui ont fait de moi – et il ne pouvait y avoir aucune autre – un révolutionnaire, je vous assure modestement que je me sens aujourd’hui dix fois, vingt fois, peut-être même cent fois plus révolutionnaire qu’à l’époque (applaudissements). Si j’étais alors disposé à donner ma vie, je suis aujourd’hui mille fois plus disposé à la donner qu’à l’époque (applaudissements).

               Vous pouvez donner votre vie pour une noble idée, pour un principe moral, pour un sentiment de dignité et d’honneur, même sans être révolutionnaire. Ainsi, des dizaines de millions d’hommes sont tombés sur les champs de bataille de la première guerre mondiale et d’autres guerres, amoureux d’un symbole, d’un drapeau qu’ils trouvaient beau, d’un hymne qu’ils trouvaient beau, comme La Marseillaise à son époque révolutionnaire. Celle-ci est devenue ensuite l’hymne de l’empire colonial français, et c’est au nom de cet empire colonial et du partage du monde que des millions de Français sont morts en masse dans les tranchées de la première guerre mondiale. L’homme est capable de mourir. C’est en fait le seul à être conscient de donner sa vie volontairement. Il ne lutte pas par instinct, comme tant d’autres animaux que conduisent les lois de la nature. L’homme est une créature pleine, l’homme… L’homme et la femme, bien entendu. Quand je dis homme, il faut toujours plus dire : la femme. J’ai des raisons d’y croire, mais je ne sais si j’aurais le temps de les énoncer. En tout cas, l’homme est le seul capable, consciemment, de passer par-dessus tous les instincts ; l’homme est un être plein d’instincts, d’égoïsmes ; il naît égoïste, parce que la nature le lui impose ; la nature lui impose les instincts, et l’éducation lui impose les vertus ; la nature lui impose des choses à travers les instincts, dont celui de la survie, qui peuvent le pousser à l’infamie, alors que, d’un autre côté, la conscience peut le conduire aux plus grands actes d’héroïsme. Peu importe que nous soyons chacun de nous à part, que nous soyons différents les uns des autres, mais nous ne faisons qu’un à nous tous.

              Il est étonnant que, malgré les différences entre eux, les êtres humains puissent ne faire qu’un à un moment donné, et ce, grâce aux idées. Personne ici n’a suivi la Révolution par culte envers quelqu’un ou par sympathie personnelle pour quelqu’un. Ce n’est que grâce aux principes, grâce aux idées, qu’un peuple devient capable de la même volonté de sacrifice que n’importe lequel de ceux qui tentent, avec loyauté et sincérité, de le diriger et de le conduire vers un destin.

             Notre histoire est pleine d’homme de pensées, Martí par exemple, et bien d’autres patriotes éminents ; l’histoire du monde en est pleine ; l’histoire du mouvement révolutionnaire est pleine de théoriciens, de grands théoriciens qui n’ont jamais renoncé à leurs principes. Ce sont les idées qui nous unissent, ce sont les idées qui font de nous un peuple combattant, ce sont les idées qui nous font, non seulement individuellement mais collectivement révolutionnaires. Et c’est quand la force de tous s’unit qu’un peuple ne peut plus être vaincu, quand la quantité d’idées est bien supérieure, quand la quantité d’idées et de valeurs que l’on défend se multiplie qu’un peuple, alors, encore moins, peut être vaincu.

             Ainsi, quand je me rappelle les compañeros, et que je regard les jeunes qui ont des tâches importantes, et les autres, dont beaucoup ont été des dirigeants de cette université et qui ont derrière eux de nombreuses années de lutte, certains plus de cinquante, certains autres plus de quarante, et toujours fidèles au poste, certains étudiants, d’autres d’origine modeste, tels ceux que je vois devant moi, depuis ceux qui ont participé à l’attaque de la Moncada et ceux qui sont venus à bord du Granma, qui se sont battus dans la Sierra Maestra et qui ont participé à tous les combats, que je vois devant moi, défendant une cause, défendant un drapeau.

            Je vois par exemple notre cher Alarcón. On a parlé ici, auparavant, de la bataille pour nos cinq héros prisonniers, et Alarcón ne cesse de se battre inlassablement pour la justice en leur faveur. C’est une tâche que la Révolution lui a confiée, du fait de ses qualités, de son talent, de son caractère de président de l’Assemblée nationale.

            Je vois le compañero Machado, un vieux médecin – pas un médecin vieux – qui nous a accompagné dans les montagnes. Je vois Lazo, je vois Lage, je vois Balaguer, j’en vois beaucoup – je vois encore quelque chose (rires) – je crois voir Sáez, je crois voir le ministre de l’Enseignement supérieur, je crois voir Gómez – oui, c’est lui, peut-être un petit peu plus gros – et un peu plus loin je vois Abel, au nom biblique, qui vient de se distinguer beaucoup là-bas à Mar del Plata, où s’est déroulée une bataille très glorieuse.

            Voyez un peu combien de gens, voyez un peu combien de changements, voyez un peu quels objectifs nous poursuivons aujourd’hui… Mais voyez aussi combien de stratégies on conçoit contre nous, qui nous insèrent dans la stratégie mondiale alors que nous sommes un pays minuscule, ici, à cent cinquante kilomètres de l’Empire colossal, de l’Empire le plus puissant qui ait jamais existé dans l’Histoire et qui, quarante-six ans après, est de moins en moins capable de faire plier la nation cubaine, cette nation qu’il a offensée et humiliée durant quelque temps (applaudissements), cette nation dont il a été le maître et seigneur. Maître de tout : des terres, des mines, de centaines de milliers d’hectares des meilleures terres, des ports, des installations, du système électrique, du transport, des banques, du commerce, etc. Et ces gens sont si crétins qu’ils croient que nous les allons les supplier à genoux de revenir ici : « Venez nous sauver une fois de plus, ô sauveurs du monde ; venez, nous allons tous vous donner une fois de plus ! » Et alors nous leur rendrions les universités du pays, pour qu’ils y mettent cinq mille étudiants, et non un demi-million, parce qu’un demi-million, c’est trop pour leur mentalité à eux, qui ont besoin de chômeurs et d’affamés pour que leur cochonnerie de capitalisme fonctionne à base d’une armée de réserve ; qu’ils viennent donc pour voir se reproduire les chômeurs, les analphabètes qui faisaient la queue pour couper la canne, sans que personne ne leur apporte même une goutte d’eau, ni un quignon de pain, ni ne leur donne où dormir ni comment se déplacer. Et nous pourrions leur dire : « Cherchez-les donc, pour voir si vous les trouvez, parce qu’ici, ce sont maintenant leurs enfants qui étudient par centaines de milliers à l’université ! » (Applaudissements.)

              Je l’ai vu, personne ne me l’a raconté ; je l’ai vu voilà à peine quarante-huit heures au palais des Congrès. D’abord, dans un groupe de quelques centaines avec leur t-shirt bleus ; je l’ai vu dans ces jeunes gens qui ont conclu leurs études de travailleurs sociaux et qui sont tous aujourd’hui – tous sans exception ! – des étudiants, au terme d’une année d’études intenses pour devenir des travailleurs sociaux, au terme de plusieurs années d’études. Au début, ils étaient cinq cents ; aujourd’hui ils sont vingt-huit mille !

C’est Agramonte, je crois – d’autres parlent de Céspedes – qui, répondant aux pessimistes, alors qu’il n’avait que douze hommes avec lui, s’est exclamé : « Peu importent ceux qui n’ont pas confiance – ce n’est pas la phrase exacte, je ne m’en souviens plus exactement – avec douze hommes, on fait un peuple. » Alors, si avec douze hommes, on fait un peuple, combien de fois sommes-nous douze hommes ! Et douze hommes, multipliés par allez savoir combien de fois, armés d’idées, de connaissances, de culture, qui savent comment va notre monde, qui s’y connaissent en histoire, en géographie, qui s’y connaissent en luttes, parce qu’ils possèdent ce qu’on appelle une conscience révolutionnaire, qui est la somme de bien des consciences, qui est la somme de la conscience humaniste,  la somme d’une conscience de l’honneur, de la dignité, des meilleures valeurs que peut récolter un être humain, qui est la fille de l’amour de la patrie et de l’amour du monde, qui n’oublie pas cette idée avancée voilà plus de cent ans : la patrie est l’humanité. La patrie est l’humanité, voilà ce qu’il faut répéter tous les jours, quand quelqu’un oublie ceux qui vivent en Haïti, ou au Guatemala, ce pays frappé entre autres causes par la catastrophe naturelle, souffrant des douleurs inénarrables, une pauvreté inénarrable, comme c’est généralement le cas dans la plus grande partie du monde.

Voilà tout ce que peut exhiber l’Empire infâme et son système répugnant, fruit de l’histoire et de la longue marche de l’espèce humaine vers une société de justice jamais conquise depuis des milliers d’années, autrement dit la très brève histoire relativement connue de l’espèce humaine. Et plus cet Empire s’éloigne de cette société juste, et plus nous nous en rapprochons, nous, et plus nous prouvons que c’est possible, indépendamment des tas de défauts que nous avons encore, indépendamment d’erreurs, de fautes, au point que j’ose dire que c’est la société qui est la plus proche de ce qu’on pourrait appeler une société juste dans l’histoire de l’Humanité.

Où est donc la justice que je ne la voie pas ? Je ne la vois pas parce qu’Untel gagne vingt fois, trente fois plus que moi, qui suis médecin, ou qui suis ingénieur, ou qui suis professeur universitaire. Où est-elle donc ?  Et pourquoi ? Que produit Untel ? Combien de personnes éduque-t-il ? Combien de personne soigne-t-il ? Combien de personnes rend-il heureuses par ses connaissances, par ses livres, par son art ? Combien de personnes rend-il heureuses en leur bâtissant une maison ? Combien de personnes rend-il heureuses en cultivant quelque chose pour qu’elles puissent s’alimenter ? Combien de personnes rend-il heureuses en travaillant dans une usine, dans une industrie, dans les systèmes électriques, dans les systèmes d’eau potable, dans les rues, dans l’installation de câbles électriques, ou en s’occupant des communications ou en imprimant des livres ? Combien de personnes ?

Il existe, et il faut le dire, plusieurs dizaines de milliers de parasites qui ne produisent rien et gagnent  autant que cet individu qui possède une vieille bagnole et qui, en achetant et en volant de l’essence sur tout le trajet de La Havane à Guantánamo, conduit un de ces jeunes étudiants qui doit y aller alors que les transports sont très difficiles en lui faisant payer mille ou mille deux cents pesos, sur des routes pleines de trous à bien des endroits et sans signalisation, parce que nous n’avons pas pu les terminer pour différentes raisons, à cause de ressources non disponibles, ou d’incapacités que nous n’avions pas dépassées, ou par manque de contrôle de la part de ceux qui gèrent ou dirigent.

Oui, il faut tout à fait en tenir compte et ne pas les oublier, parce que nous sommes devant une grande bataille que nous devons livrer, que nous avons commencé à livrer, que nous allons livrer et que nous allons gagner. C’est le plus important.

Oui, nous en sommes conscients et toujours plus conscients, et c’est à ça que nous pensons avant tout : à nos défauts, à nos erreurs, à nos inégalités, à nos injustices.

Et je n’oserais pas soulever cette question ici si je n’étais pas absolument convaincu, si je n’étais pas absolument sûr que, sauf catastrophes mondiales, sauf guerres colossales, nous avançons de manière accélérée vers leur réduction et leur liquidation afin d’en arriver à ce que, écoutez bien, chaque citoyen de ce pays, dont 10 ou 15 ou 20 p. 100 et plus étaient autrefois chômeurs, chaque citoyen de ce pays dont un million était autrefois analphabètes et dont 90 p. 100 étaient analphabètes ou semi-analphabètes, vivra, essentiellement de son travail et de sa pension.

Nous ne devons jamais oublier ceux qui, durant tant d’années, ont été notre classe ouvrière et travailleuse, qui ont vécu les décennies de sacrifice, qui ont lutté contre les bandes mercenaires dans les montagnes, contre les invasions style Playa Girón, contre les milliers de sabotages qui ont coûté tant de vies à nos travailleurs agricoles et sucriers, à nos travailleurs industriels, ou commerciaux, ou ceux de la marine marchande ou de la pêche qui se voyaient tout d’un coup attaqués à coups de bazooka ou de canon, uniquement parce qu’ils étaient Cubains, parce que nous voulions notre indépendance, uniquement parce que nous voulions améliorer le sort de notre peuple… Et les bandits qui faisaient des leurs, et les bandits recrutés et entraînés par la CIA, et les criminels, et les terroristes faisant exploser des avions en plein vol, ou s’efforçant de les faire exploser, peu importe les morts, et les bandits qui organisaient des attentats de toute sorte et des actes terroristes contre notre pays… Est-ce que l’Empire a changé par hasard ?

Et dites-moi, mister Bush, aimable chevalier qui, malgré tant de choses honteuses et connues, chevauchez et tentez de garder les rênes de cet Empire : quand allez-vous répondre à la question saine, à la question toute simple que je vous ai déjà posée tant de fois ? Par où donc Posada Carriles est-il entré aux Etats-Unis ? Sur quel bateau, par quel port ? Lequel des princes héritiers de la couronne l’a-t-il autorisé ? Serait-ce le frérot bedonnant de Floride ? Pardonnez-moi le truc de bedonnant, ce n’est pas une critique, mais une simple suggestion qu’il fasse des exercices et suive un régime (rires), c’est juste un souci pour la santé du noble chevalier…

Qui l’a accueilli ? Qui lui a donné l’autorisation ? Pourquoi celui qui l’y a conduit d’une façon aussi impudique se balade-t-il tout tranquillement dans les rues de la Floride et de Miami ? Qu’est devenue la prétendue académie écologique ? A quoi servait-elle : à la navigation ou à l’élevage de poissons ? Qui était donc ce sauvage qui a eu une conversation téléphonique avec un autre terroriste en possession de boîtes contenant du plastic et dont tout le monde a reconnu la voix, ce sauvage qui, quand l’autre lui a demandé ce qu’il devait faire des boîtes de plastic, lui a répondu : « Va au Tropicana, lance-les par une fenêtre et hop tout saute ! » Qu’ils sont nobles, tous ces gens-là, qu’ils sont respectueux des lois, des normes internationales, des droits de l’homme ! Et ce petit effronté de Bush n’a pas encore voulu répondre, bouche cousue, et personne d’autre n’a encore répondu.

Les autorités d’un pays frère, le Mexique, n’ont pas eu non plus le temps – beaucoup de travail sans doute – de répondre à ma question : est-ce que ça coûte tant, mon bon monsieur, de dire que Posada Carriles, cette brebis naïve, cette brebis ingénue et innocente, est entré au Mexique sur le bateau en question, pare le port en question et de la façon que Cuba a dénoncée ?

Voyez un peu le culot de ces gens-là : ils n’arrêtent pas de mentir, mais à peine vous leur posez une petite question naïve, une toute petite question toute simple, ils laissent passer les mois sans répondre… les mois passaient et ils ne savaient pas censément où se trouvait « Posadita ».

Cette autre jeune femme si intelligente… comment s’appelle-t-elle, celle qui est secrétaire d’Etat (rires), Condoleezza ou Condoliza, allons, Comtesse Rice (rires), ne sait rien non plus, elle ignore tout, et ses porte-parole, itou. En tout cas, ils n’ont dit aucun mensonge, ils n’ont pas commis le moindre péché véniel, ils sont purs, ils méritent les applaudissements et la confiance du monde.

Qu’ils torturent ? Mensonge. Qu’ils sont complices du terrorisme ? Mensonge. Qu’ils ont inventé le terrorisme ? Mensonge. Qu’ils torturent un peu partout ? Mensonge. Qu’ils ont utilisé du phosphore blanc à Falloudjah ? Mensonge. Non, pardon, là, ils l’ont reconnu, mais ils disent que c’est tout à fait légal, tout à fait légitime et tout à fait décent de le faire.

Alors, ces menteurs, à qui vont-ils faire peur ? Nous avons été témoins – et je m’en souvenais en voyant Abel et les autres compagnons – de la colossale bataille qui s’est livrée à Mar del Plata, dans le stade et dans les installations où se sont réunis les Présidents, et je ne vais pas faire de commentaires là-dessus, mais notre peuple a eu l’occasion de voir, d’observer – je connais les états d’opinion – cette bataille grandiose, l’une dans la rue et l’autre là où les chefs de gouvernement étaient réunis.

On n’avait jamais vu une telle bataille dans l’histoire de ce continent, face au chevalier à la triste figure… A la triste figure, non à cause de ses idéaux quichottesques, non, à la triste figure parce qu’il fait des grimaces, des trucs bizarres, comme s’il s’ennuyait, c’est clair. Bien sûr, on l’envoie au lit à minuit, et après lui le déluge… Allez savoir si un jour les avions ne vont pas décoller des porte-avions et bombarder ces maudits bandits qui, parce qu’ils étaient occupés, ont troublé le sommeil du cavalier qui tient les rênes de l’Empire, parce que, tandis qu’il dort, le cheval risque de suivre la route qu’il lui plaît… Au fond, il se peut très bien que le cheval conduise mieux les destinées de l’Empire que le cavalier qui doit se coucher tôt (applaudissements).

C’est vraiment dommage que la nuit ne dure pas plus longtemps, parce qu’au moins, le monde vivrait mieux.

Nous avons vu bien des choses qu’il ne faut pas oublier.

Certains se demandent si Cuba a pris la parole ou non, si Cuba a pris parti ou non. Je vous en avertis, parce que certains trament des intrigues ridicules à ce sujet. Cuba prend la parole quand elle doit la prendre et Cuba a des tas de choses à dire, mais elle est ni pressée ni impatiente. Elle sait très bien quand, où et comment il faut frapper l’Empire, son système et ses laquais.

Certains, semble-t-il, croient ou feignent de croire qu’il n’y avait pas un seul Cubain à Mar del Plata, qu’il n’y avait pas toute une force révolutionnaire cubaine de toute première classe dans cette marche glorieuse de dizaines de milliers de citoyens du monde, essentiellement argentins, que l’empereur a offensés en garant ses porte-avions devant leurs côtes, en amenant toute une armée, en louant tous les hôtels et en employant des milliers d’agents de police. Personne n’avait l’intention de le molester… S’il avait peur que quelqu’un lui lance des œufs pourris, il se trompait : il ne mérité pas un tel honneur (rises), en aucun cas.

Et les citoyens argentins si civilisés et les citoyens toujours plus experts et conscients de ce continent, où l’ordre en place est d’ores et déjà insoutenable et incurable, savent ce qu’ils font. Ils ont dit que ce serait une manif pacifique, qu’ils ne lanceraient même pas un pétale de rose, et le fait que tant de gens se soient mobilisés sous ce froid crachin, aient marché durant des heures en direction du stade et y aient formé une foule énorme a donné une leçon inoubliable à l’Empire, parce qu’ils ont prouvé que c’étaient des personnes, que c’étaient des peuples qui savent ce qu’ils font, et quiconque sait ce qu’il fait marche vers la victoire, est absolument sûr. Et ceux qui ne savent pas ce qu’ils font sont écrasés par les peuples.

Nous ne voulons pas donner l’occasion à l’Empire de monter son spectacle. Dans cette partie d’échecs à cinquante pièces, nous verrons bien à la fin quel est celui qui fera échec et mat.

Quand je dis l’Empire, je ne parle pas du peuple étasunien, qu’on me comprenne bien. Le peuple étasunien préservera de nombreuses valeurs morales, préservera de nombreux principes qui ont été oubliés, s’adaptera au monde où nous vivons, à supposer que ce monde puisse se sauver. Et ce monde doit se sauver. Et nous devons tous, et nous au premier rang, lutter pour que ce monde se sauve. Et sur ce point, nos meilleures armes, nos armes invincibles, ce sont les idées.

Quelqu’un parle de la Bataille d’idées. Oui, cette Bataille d’idées que nous livrons depuis quelques années est en train de se convertir en une bataille d’idées à l’échelle mondiale. Et les idées triompheront, et doivent triompher. Transmettons ce message, ouvrons-lui les yeux, à cette humanité vouée à l’extinction. Oui, elle ne va pas être éternelle, il est absolument probable que la lumière du Soleil s’éteindra un jour, il est presque sûr qu’il n’y aura pas moyen de transporter la matière vivante et solide à une distance se trouvant à des années-lumière de cette planète, et les lois physiques sont bien plus rigides, bien plus exactes que les lois historiques ou sociales.

Je pense de toute façon que cette humanité et les grandes choses qu’elle est capable de créer doivent être préservées tant que faire se peut. Une humanité qui ne se préoccuperait pas de la préservation de l’espèce serait comme le jeune étudiant ou le cadre qui sait que sa vie est tout à fait limitée à un nombre d’années réduit et ne se préoccuperait que de sa propre vie.

J’ai mentionné quelques noms de compañeros présents ; certains ont plus d’années devant eux, d’autres moins, et aucun ne sait combien, et je ne pense jamais que l’un d’entre eux pense à sa propre préservation sans s’inquiéter du sort de ce peuple admirable et merveilleux, hier semence et aujourd’hui arbre aux ra