XIVe sommet Non Alignés
du Mouvement des Pays
Non Alignés

 

  

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 Déclaration de l’Île Margarita sur la promotion d’une voix objective en provenance du sud face aux tendances en cours en matière d’information et de communication

SEPTIÈME CONFÉRENCE DES MINISTRES DE L’INFORMATION
DU MOUVEMENT DES PAYS NON ALIGNÉS
ÎLE MARGARITA (VENEZUELA)
2-4 JUILLET 2008

Introduction

1. La Septième Conférence des ministres de l’Information des pays non alignés s’est tenue sur l’île Margarita (Venezuela) du 2 au 4 juillet 2008, en vue d’analyser le point suivant : « Problèmes et propositions d’une diffusion objective de la voix du Sud face aux tendances en cours en matière d’information et de communication. »

2. La Septième Réunion s’est tenue trois ans après la précédente, qui s’était déroulée à Kuala Lumpur du 19 au 22 novembre 2005, quand le Mouvement était présidé avec succès par la Malaisie, et où décision avait été prise de tenir celle-ci, décision entérinée par les chefs d’Etat et de gouvernement des pays non alignés à leur Quatorzième Sommet.

Tendances en cours en matière d’information et de communication

3. Ayant analysé les tendances et les évolutions en cours en matière d’information et de communication, les ministres ont constaté que la diffusion d’informations discriminatoires et dénaturées sur des événements se déroulant dans les pays en développement restait la règle dans ce domaine.

4. Ayant pris note du fait que cette information biaisée plaçait la plus grosse partie de l’humanité dans une position désavantageuse, les ministres ont réaffirmé qu’il était urgent de rectifier ce déséquilibre.

5. Les ministres ont prôné la mise en œuvre de stratégies et d’actions concrètes à même de relancer la coopération entre les pays non alignés et d’autres pays en développement en matière d’information et de communication.

6. Les ministres ont constaté que les coûts décroissants des communications et l’accès facile aux services d’Internet offraient désormais aux pays membres une occasion sans précédent de renforcer leurs liens dans ce domaine. Aussi ont-ils invité instamment tous les pays membres à tirer parti des avancées intervenues dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour nouer ces liens.

7. Les ministres ont souligné qu’il fallait utiliser dûment les médias et les technologies de l’information et de la communication (TIC) en vue de promouvoir les Objectifs du millénaire pour le développement : réduire l’extrême pauvreté et la faim ; assurer l’éducation primaire pour tous ; promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes ; réduire la mortalité infantile ; améliorer la santé maternelle ; combattre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies ; assurer un environnement durable ; mettre en place un partenariat pour le développement, et ce en vue d’instaurer un monde pacifique, juste et prospère.

8. Les ministres ont reconnu que, si l’on voulait que les TIC jouent pleinement leurs fonctions dans les pays en développement, il est essentiel d’éliminer la pauvreté, l’analphabétisme et la marginalisation qui les empêchent de rejoindre la société de l’information et d’y participer pleinement.

9. Les ministres sont tombés d’accord sur le fait que les pays membres doivent travailler pour promouvoir l’inclusion du patrimoine local dans leurs stratégies respectives dans le domaine des TIC.

10. Les ministres ont exprimé leur vive inquiétude devant la fracture numérique qui ne cesse de s’agrandir entre pays développés et pays en développement. Aussi ont-ils appelé à l’adoption de mesures adéquates qui permettraient de combler cet écart et de développer des programmes au bénéfice de tous les peuples, en particulier de ceux des pays en développement qui risquent de rester à la traîne et de se retrouver exclus de cette évolution.

11. Les ministres ont énergiquement condamné les mesures de coercition unilatérales mises en place au déni du droit international et de la Charte des Nations Unies, dans la mesure où elles empêchent les peuples des pays concernés de se développer pleinement sur les plans social et économique et où elles minent le bien-être de leurs citoyens, tout en les décourageant, en les excluant et en leur interdisant de participer au marché mondial des technologies de l’information et de la communication, surtout en ce qui concerne l’accès aux logiciels, aux matériels et aux réseaux, dont l’Internet, leur mise au point et leur utilisation.

12. Les ministres, ayant évalué les performances des pays membres en matière d’information et de communications ces neuf dernières années, ont pris note des efforts constants et croissants qu’ils consentaient pour contribuer à un flux d’information libre et équilibré.

13. Les ministres ont reconnu les efforts accrus que consentent des pays membres et d’autres pays en développement pour développer leurs réseaux d’information et de communication. A cet égard, ils se sont félicités de l’existence de TELESUR qui vise à promouvoir la voix objective de nos pays du Sud.

14. Tout en se félicitant des projets dans le domaine des médias dans les régions du Sud, les ministres ont décidé, de manière prioritaire, de dresser une liste de toutes les institutions des pays en développement qui contribuent à la promotion du flux d’information Sud-Sud. À cet égard, ils ont confié au président de la Septième Conférence de contacter les pays membres, de dresser la liste et d’établir des contacts avec ces organisations dans le but de promouvoir une coopération accrue entre elles.

15. Les ministres ont de nouveau lancé un appel à accroître les investissements dans les technologies de l’information et de la communication les mieux adaptées à la situation et aux capacités spécifiques de chaque pays, et ce en vue de promouvoir ses propres intérêts et ceux du Mouvement des pays non alignés comme un tout.

16. Les ministres, ayant reconnu l’influence et le rôle croissant des médias dans les systèmes publics modernes d’information et de communication, ont reconnu que des opérateurs privés devraient être encouragés à compléter les efforts concernant l’information et la communication des agences publiques dans le cadre de la responsabilité sociale.

La lutte pour un Nouvel Ordre mondial de l’information et de la communication

17. Les ministres ont constaté que, malgré la longue lutte menée par le Mouvement en vue d’instaurer un Nouvel Ordre mondial de l’information et de la communication, les objectifs clefs étaient loin d’avoir été atteints.

18. Les ministres ont réaffirmé leur aspiration et leur engagement communs à mettre en place une société de l’information axée sur les gens, non discriminatoire et centrée sur le développement.

19. Les ministres ont regretté que des déséquilibres et des inégalités persistent en matière d’information et de communications internationales. Ayant souligné les sérieuses conséquences que cette situation négative avait pour les pays membres du Mouvement, ils ont recommandé de soulever ce problème dans les organisations et agences internationales pertinentes, telles que l’UIT, l’Unesco, et autres, afin qu’elles l’analysent et dégagent des stratégies appropriées en mesure de réduire ces déséquilibres et ces inégalités.
20. Les ministres ont reconnu qu’il était important pour le Mouvement de coordonner ses efforts sur les points ayant à voir avec la communication et l’information aux Nations Unies et dans les organisations et agences internationales pertinentes, dont l’Unesco. Ils se sont félicités de la relance du Mouvement à l’Unesco et sont tombés d’accord sur la nécessité de créer ou de renforcer les mécanismes de coordination de positions à d’autres instances de l’Unesco, en particulier le Programme intergouvernemental pour le développement de la communication (PIDC).

21. Les ministres ont renouvelé leur appui à l’Engagement et à l’Agenda de Tunis pour la société de l’information, adoptés à la seconde phase du Sommet mondial sur la société de l’information tenue à Tunis du 16 au 18 novembre 2005, notamment aux clauses concernant le développement. Ils ont aussi souligné qu’il était important qu’une représentation équitable et efficace des pays en développement participe dûment à la mise en œuvre des décisions dudit Sommet, dont le Forum de gouvernance de l’Internet et la Coopération accrue. Ils ont par ailleurs mis en exergue les clauses relatives à la création et à la consolidation d’un environnement favorable où des médias et une infrastructure durables pluriels et professionnels puissent prospérer dans les pays en développement.

22. Les ministres ont exprimé leur inquiétude devant le fait que les pays en développement étaient toujours pauvres, non seulement sur les plans matériel et économique, mais aussi en ce qui concerne les ressources et les opportunités équitables dans le domaine de l’information et de la communication mondiales.

23. Les ministres ont convenu de réduire la dépendance informative des pays membres envers les nations industrialisées en lançant et en soutenant des activités de coopération en faveur du Nouvel Ordre, et ce à travers des approches novatrices et dynamiques en matière de programmation, de contenus et de réseaux médiatiques dans les pays membres et autres pays en développement.

24. Les ministres ont pris note des retombées d’un système économique mondial inégal qui empêche gravement les pays membres d’optimiser leur potentiel de croissance et de développement économiques. Ils ont aussi pris note du fait que les contraintes économiques avaient des implications défavorables quand ils cherchaient à mettre en place des stratégies plus efficaces pour développer des réseaux d’information efficaces et indépendants qui leur permettraient de préserver et de promouvoir leurs intérêts nationaux.

25. Les ministres ont déclaré que les déséquilibres et les inégalités régnant dans le commerce mondial et le fardeau de la dette extérieure constituaient toujours d’énormes obstacles au véritable progrès social, économique et politique des pays en développement. Aussi, tout en réaffirmant leur attachement au progrès économique et social, ont-ils lancé un appel urgent à la communauté internationale pour qu’elle œuvre résolument à la création des conditions nécessaires au développement de chaque nation selon ses potentialités et à l’instauration d’une vraie coexistence pacifique à l’échelle mondiale.

26. Les ministres ont lancé un appel à des investissements accrus en ressources humaines et matérielles dans le domaine de l’information et de la communication et pris note de ce que différents pays membres s’orientaient dans ce sens.

27. Les ministres ont insisté sur la nécessité d’une formation en matière de technologies de l’information et de la communication, de sorte que les pays non alignés puissent compter sur des professionnels en mesure d’élever le niveau qualitatif de ces secteurs, et de faciliter la divulgation d’informations et de communications qui contrecarrent les problèmes chaque jour croissants d’un monde globalisé. Ils ont souligné qu’il était important d’adopter des mesures efficaces pour endiguer l’exode de ces professionnels et le vol des cerveaux par les puissances industrielles, ce phénomène ayant de graves retombées sur les stratégies que les pays en développement mettent en place pour former et promouvoir leurs ressources humaines.

28. Les ministres ont proposé que des programmes de formation soient organisés, aussi bien par des établissements d’enseignement supérieur que par les instituts de formation de journalistes, pour améliorer les compétences de ces derniers dans la couverture de questions tant d’intérêt commun que d’intérêt spécifique du Mouvement, et que soit assurée la promotion de leurs destinations touristiques.

29. Les ministres ont aussi pressé instamment les établissement et instituts susmentionnés de saisir l’importance de leur contribution au développement et de continuer d’améliorer les compétences de professionnels des médias de sorte qu’ils puissent contribuer au développement de leurs pays.

30. Les ministres ont souligné que les stratégies d’information et de communication devaient s’enraciner profondément dans le substrat historique et culturel et ils ont appelé les médias des pays développés à respecter les opinions, les modèles et les perspectives des pays en développement de sorte que le dialogue entre les civilisations puisse se poursuivre.

31. À cet égard, ils se sont félicités des efforts que consent l’Alliance des civilisations pour améliorer la compréhension entre les cultures et entre les religions et pour mettre en place des instruments concrets qui répondent aux crises émergentes, tel qu’un Mécanisme de réponse médiatique rapide qui fournirait une plate-forme d’expression permettant de réduire les tensions.

32. Ayant exprimé leur inquiétude devant les campagnes de diffamation dont font l’objet des pays en développement, victimes de rapports médiatiques biaisés et dénaturés en provenance de l’Occident, les ministres ont souligné une fois de plus que les mécanismes chargés de diffuser des nouvelles et des informations entre les pays membres et à leur sujet devaient consentir des efforts accrus pour contrecarrer cette menace. A cet égard, ils se sont dits inquiets devant les campagnes croissantes de diffamation de religions.

33. Les ministres ont reconnu le rôle joué par l’Organisation de radiodiffusion et télévision des pays non alignés (BONAC) en tant que première tentative de diffuser des nouvelles radiophoniques et télévisées entre les pays membres et vers le reste du monde, et ils ont souligné qu’il fallait en améliorer le fonctionnement.

34. Les ministres ont aussi félicité la Malaisie pour avoir lancé en 2003 le Réseau de nouvelles du Mouvement (NNN) depuis 2003 et l’avoir maintenu à ce jour et convenu que ledit Réseau devait maintenir son infrastructure actuelle et que Kuala Lumpur devait continuer d’être le siège.

35. Les ministres se sont opposés à l’utilisation des médias comme instruments de propagande hostile contre des pays en développement en vue de déstabiliser leurs gouvernements. Ils ont appelé à la cessation immédiate de l’agression radioélectrique contre des pays membres du Mouvement, en tant qu’action violatrice des principes du droit international. Ils ont réaffirmé que le spectre des fréquences radioélectriques devait servir l’intérêt public et être en accord avec les principes du droit. Ils ont soutenu en particulier la décision adoptée à ce sujet par la dernière Conférence internationale sur les communications radiophoniques de l’Union internationale des télécommunications (UIT).

36. Les ministres ont pleinement soutenu les Normes radiophoniques de l’Union internationale des télécommunications (UIT) en la matière et rappelé que ces normes constituent un traité international dont l’objectif est d’harmoniser l’utilisation à des fins pacifiques du spectre des fréquences radioélectriques entre les pays.

37. Les ministres ont encouragé les médias à respecter les codes de conduite et de déontologie professionnelle existants afin qu’ils soient au service de la paix et de l’entente entre les pays.

38. Les ministres ont convenu que le Mouvement des pays non alignés devait promouvoir l’utilisation de normes standard et de codes de déontologie professionnels à l’adresse des médias, de conformité avec la Charte des Nations Unies et le droit international.

39. Les ministres ont exprimé leur détermination de promouvoir des stratégies concernant l’utilisation et l’accès aux TIC adressées aux enfants et aux adolescents tout en reconnaissant leurs avantages et en attirant l’attention sur le fait que le cyberdélit menace leurs droits, leur intégrité et leur sécurité, à travers la pornographie et l’exploitation sexuelle de ce segment vulnérable de la population.

40. Les ministres ont de nouveau condamné avec énergie les actes de terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, de conformité avec la position adoptée par le Mouvement des pays non alignés lors du Quatorzième Sommet tenu à La Havane et apprécié le rôle extraordinaire des médias en faveur des efforts consentis à l’échelle internationale pour combattre le terrorisme. Ils ont regretté que des médias occidentaux continuent de recourir à des stéréotypes et de présenter les auteurs d’actes terroristes comme des musulmans.

41. Les ministres ont souligné qu’il fallait intensifier la coopération et l’autosuffisance Sud-Sud afin d’améliorer les activités de construction ou de renforcement de capacité et d’infrastructures en matière d’information et de communication tant au niveau national qu’à celui du Mouvement. À cet égard, ils ont encouragé les pays membres à s’entraider et à partager leurs connaissances spécialisées et leurs expériences.

42. En vue de promouvoir et d’appliquer efficacement la coopération entre les pays non alignés en matière d’information et de communication, les ministres ont convenu d’adopter le Programme d’action de l’île Margarita sur la promotion d’une voix objective en provenance du Sud face aux tendances en cours en matière d’information et de communications.

43. Les ministres ont décidé, dans le cadre dudit Programme d’action, de suivre et d’améliorer les mécanismes actuels de la Conférence.

Motion de remerciements

44. Les ministres ont félicité le gouvernement et le peuple de la République bolivarienne du Venezuela pour l’excellente organisation de cette Conférence et pour l’hospitalité chaleureuse qu’ils leur ont prodiguée durant leur séjour sur cette île paradisiaque, et ils leur en savent gré.

Île Margarita (République bolivarienne du Venezuela)
4 juillet 2008
 


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